Le mot « physiologique » ferait-il peur ?

Premier rendez-vous avec la sage-femme de la maternité.

Pour celles et ceux qui ont suivi: ne trouvant pas de sage-femme accompagnant l’accouchement à domicile dans notre région, je me suis rabattue sur la « petite » maternité niveau I dont j’entends parler en bien « respect, à l’écoute, etc.« .

Pendant ma grossesse, je me suis fais suivre par la sage-femme de l’hôpital du coin, où il  n’y a pas de maternité. J’ai donc pris rendez-vous avec la sage-femme de la maternité pour le premier contact, le dossier médical, tout ça…

J’ai été un peu refroidie sur cette « si charmante » maternité…

Mon mari a tiqué sur les locaux, plus de la première fraicheur… « C’était neuf il y a 13 ans, mais cela n’a pas changé depuis! » [Sa première fille-à-lui est née ici il y a 13 ans, par césarienne programmée]. Moi cela ne m’a pas frappé, je voyais les affiches, les petits dessins très « child-friendly », bon, pourquoi pas. En salle d’attente, affiches placardées pour des groupes de soutien à l’allaitement, pour des cours de massage au bébé… Cela s’annonce plutôt bien. Je ne viens pas pour les locaux mais pour l’humain.

Une fois dans le bureau de la sage-femme, passé les salutations d’usage, on est un peu gênés avec mon mari, mais un premier rdv ce n’est jamais évident. La SF regarde le dossier, évoque nos antécédents médicaux. Une manière de casser la glace. Moment un peu tendu quand mon mari évoque ses autres enfants, on précise bien que ce ne sont pas les miens, mais que la « grossesse et la parité » inscrite sur le dossier concerne bien notre fille commune.

Petit encart sur le diagnostic de diabète gestationnel. Je lui explique que je ne l’ai pas fait en accord avec ma SF, car ne présentant aucun des risques mentionnés en indication de ce test (encore envie de vomir à l’évocation de l’ingestion de la solution de glucose, il y a plus de deux ans déjà). Elle tique un peu, mais n’insiste pas et me prescrit tout de même un test de glycémie à jeun et après le repas. Ok pour une piqure supplémentaire, tant qu’il n’y a pas ce (pu*** de) glucose à ingérer, je ne joue pas ma rebelle.

L’atmosphère se détent.

Et puis arrive la question anodine: « donc vous avez accouché à MaternitéPrivéeNiveauII de la GrandeVille pour votre premier enfant, et maintenant vous venez chez nous ? (sous entendu, dans ce bled pourri) ? Vous avez déménagé? »

Non on n’a pas déménagé (bordel de m*** d’ailleurs, si on pouvait le faire, même pendant mon accouchement, je signe de suite et je porte les meubles entre deux contractions!). Mon mari évoque alors le coté « usine à bébés » de la première maternité, mais aussi l’angoisse du premier accouchement, de la proximité du CHU qui le rassurait… mais que comme tout s’était bien passé, il est plus serein maintenant, et que cette maternité est 15 minutes plus près de chez nous. Je dis alors que le premier accouchement s’est bien passé, mais que je souhaite aujourd’hui quelque chose de plus « physiologique ».  A ce mot, la SF semble tiquer un peu. « Qu’est-ce que vous entendez par physiologique? » Je suis prise de court, je ne pensais pas avoir dit un gros mot, ni employé un terme connoté du genre « naturel » (que je n’aime pas d’ailleurs car n’ayant pas grand sens si pas expliqué). Je bats en retraite, disant que j’ai bien conscience qu’il y a des protocoles hospitaliers et que je ne souhaite pas les contredire mais que je voudrais le moins d’intervention possible, je bredouille… Elle répond que comme c’est une petite maternité, il y a moins d’accouchements par jour, donc les sages-femmes ont plus de temps pour être près des patientes (oui c’est le terme exact qu’elle a employé: donc nous sommes bien des malades qui venont à l’hosto, pas des femmes en pleine santé qui mettons au monde un enfant -aparté pour moi-même-), qu’elles peuvent plus écouter les femmes, mais qu’il n’y a rien de spécialement physiologique.

J’en reste bouche-bée et ne sais pas quoi répondre.

Ensuite, un petit tour en salle d’examen avec un toucher vaginal comme il se doit (ironie), et même une échograhie de 2 minutes pour « vérifier la position du bébé ». Elle avait le bilan de la troisième échographie sous les yeux, datant d’une semaine ! Tête en bas, dos à gauche, mais sait-on jamais s’il s’était mis en siège! Encore un peu plus d’ondes pour ce bébé qui était tranquille, allons-y.

L’entretien se termine bien, je demande si je peux continuer à travailler, espérant pouvoir décaler deux semaines de congé pré-natal en post-natal, l’expérience première me rappelant que c’est surtout en présence du bébé que je suis fatiguée et n’ai absolument pas envie de retourner au travail, alors que maitenant, je me sens en forme. Comme tout va bien pour bébé, que le col est fermé et long, elle me l’accorde. Précisant bien que je ne devais pas insister si ça n’allait pas en cours de route.

Bilan mitigé, donc. J’ai pu demander une chose mais je n’ai pas su m’exprimer sur une autre qui me tenait sans doute plus à coeur.

Je m’en veux terriblement de ne pas avoir insisté plus, de ne pas avoir parlé de projet de naissance, de mes souhaits, de mes attentes…

Pour mon premier accouchement, je n’avais pas d’attente particulières à part de ne pas vouloir de péri « au début » et de voir « comment ça se passerait ». Je n’ai donc pas été frustrée. Mais maintenant, suite à de nombreuses lectures, réflexions, j’ai des attentes plus précises, des demandes et… je n’arrive pas à les exprimer.

J’avais préparé un brouillon de projet de naissance pour me mettre les idées au clair, mais ne l’avais pas amené, me disant qu’avant d’être revendicatrice, je voulais déjà voir comment cela se passait, comment se présentaient les choses. Je pensais inutile de dire haut et fort « je ne veux pas de monitoring en continu » si c’est déjà la pratique de la maison, par exemple.

Au final, je n’ai rien dit…

J’attends donc maintenant avec impatience la visite de la maternité, prévue dans trois semaines, où seront présentés les autres SF, les salles, les équipements et je l’espère les protocoles. Je pense que d’ici là, j’aurai peaufiné mon projet de naissance, préparé mes questions et surtout activé le mode « chieuse-attitude » car ce n’est pas mon caractère naturel, mais là, le jeu en vaut la chandelle. Pour mon bébé, pour moi-même. Pour devenir actrice de mon accouchement, pour ne pas me dévaluer en devenant la petite fille qui fait ce qu’on lui dit.

Il est tellement plus facile de s’indigner par écrit, derrière le confort de l’anonymat et de l’écran d’ordinateur, avec le recul que procure l’écriture sur le clavier, la sûreté de mes avis glânés au fil des lectures… Mais une fois confrontée au face-à-face, à l’affirmation d’une personne en blouse blanche, je me retrouve toute petite. Espérons que pour la fois suivante, je serais plus forte, car plus préparée.

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous eu aussi des attentes déçues ou au contraire, des expériences positives inattendues?

Non, Odile, la physiologie n’est pas un retour en arrière!

Suite aux diverses sorties médiatiques de cette gynécologue, et l’article de Charlie Hebdo avec des propos particulièrement insultants, assortis d’images peu enjolivantes, envers les sages-femmes d’une part, mais aussi les femmes d’autre part,  j’ai tenu à apporter ma petite contribution et à répondre, avec mon point de vue de  femme, de mère et de femme enceinte.

O. Buisson mélange tout, et fait une sorte de raccourci infâme de « retour aux années 50  » sous prétexte que des femmes (sans doute des illuminées ! les pauvres) souhaitent penser autrement que le modèle qu’elle-même et certains de ses confrères ont imposé.

Dur d’être concise devant tant de raccourcis et de clichés.
« penser que le patient n’est pas un tout »
Mais c’est bien ce que font une grande partie des gynécologues en ne s’intéressant qu’à notre utérus et éventuellement au fœtus qui parfois s’y niche !!!
Je pourrais aussi jouer le jeu de la généralisation en parlant du gynéco qui a suivi ma première grossesse, ne se préoccupant que de mon ventre (avec toucher vaginal systématique) et dépassement d’honoraires à la clef. Puis dire qu’ils sont tous pareil. Et parler de la SF qui suit ma grossesse actuelle, qui me demande si je vais bien (ah oui, tiens, c’est vrai j’existe en tant que femme, pas que mère porteuse). Parler de mon ventre, du fœtus mais aussi de mes conditions de vie car elle pourraient avoir une influence sur ma santé. Incroyable, non ?
Donc bien sûr, tous les gynécos ne sont pas « mauvais » et toutes les sages-femmes ne sont pas « géniales ». Mais tous les gynécos ne sont pas à l’écoute des femmes, tous les gynécos ne prennent pas en compte la patiente mais une partie de son corps, tous les gynécos ne se mettent pas à jour des évolutions des connaissances médicales. La santé des femmes ne passe pas pas la gynécologie à tout prix, comme elle semble le croire. (Et des études le montre,  d’autres commentaires en parlent.)

Enfin, je souhaite dire que vouloir plus de physiologie pour une grossesse et un accouchement, ce n’est PAS un retour en arrière, au contraire, c’est profiter d’une meilleure connaissance du fonctionnement du corps humain, et savoir s’y adapter. On en sait plus aujourd’hui qu’il y a 50 ans, et pas seulement sur les techniques d’analgésie. La grossesse n’est PAS une maladie, un accouchement n’est PAS a priori un acte médical. Un accouchement peut mal tourner et avoir besoin de médecine et de chirurgie, mais pas forcément. Si déjà tous les accouchements sans problèmes pouvaient être accompagnés par des sages-femmes, cela laisserait de la place pour ceux qui nécessitent plus de soins (et peut-être éviterait certains accident comme celui de Port-Royal? Ne nous avançons pas trop mais osons le croire).
Mme Buisson ne se rend peut-être pas compte qu’elle a été formatée pour penser l’accouchement comme un acte médical, nécessitant forcément tout un attirail « au cas où ». C’est sans connaitre les effets iatrogènes de certains actes.

Êtes-vous au courant que la position « gynécologique » (allongée sur le dos, les jambes écartées) est une des pires qui soit pour accoucher? Elle est certes très pratique pour le gynécologue ou la SF qui a ainsi vue sur toute notre intimité, mais pas du tout pour la mère ou le bébé. Et encore une fois, si certaines femmes peuvent la choisir, elle ne correspond pas à toutes les femmes; Est-ce qu’un jour, on laissera aux femmes le choix de se mettre dans la position qui convient, et d’en changer autant que nécessaire, sans affirmer que celle-ci ou celle-là soit meilleure qu’une autre??? La meilleure, c’est celle que l’on ressent, parce qu’en ce moment si particulier de notre vie, une partie bassement animale prend le relai. Non, nous ne sommes pas des vaches. Mais la culture humaine peut se manifester autrement que par une épisiotomie systématique, un recours à la péridurale quasi-obligatoire, ou une césarienne pas toujours justifiée. La culture humaine, cela pourrait être aussi la compréhension du fonctionnement du corps humain.

Enfin, un petit couplet sur l’allaitement:
Si O. Buisson a fait de si grandes études, elle devrait être à même de lire les publications scientifiques sur des sujets aussi intéressant que l’allaitement, et savoir que le lait maternel est aujourd’hui le meilleur aliment connu pour le bébé humain (NON, nous ne sommes pas des vaches, et donc ne donnons pas de lait de vache à un bébé humain!). Ce n’est pas une idéologie que d’affirmer cela, c’est une vérité scientifique. Et ceci n’est pas valable que pour les pays en développement, il parait que l’espèce humaine est la même partout sur la planète. Croire le contraire s’appelle du racisme.
Après, que des femmes, des couples CHOISISSENT de donner le biberon, c’est un choix qui se respecte, mais c’est un CHOIX. A condition d’avoir des informations appropriées sur le sujet. Et imposer une solution, que ce soit le biberon ou le sein est tout aussi stupide dans un cas comme dans l’autre.
Par contre, je rejoins son constat sur le manque cruel de soutien aux femmes qui souhaitent allaiter. Que de témoignages de femmes qui le souhaitaient et ont été mal accompagnées (par des SF, mais aussi des gynécologues et des pédiatres) qui du haut de 15 ou  20 années d’études avaient reçu 2 h de cours sur l’allaitement et véhiculent des idées toutes faites, ou fausses. (On ne dira pas que les visiteurs médicaux, compagnies agro-industrielles… ont encouragé le biberon et les préparation pour nourrissons pendant des dizaines d’années, non….)

Pour le portage, de nombreuses études montrent également les bénéfices pour le bébé ET pour la mère (qui peut ainsi se libérer et faire autre chose, au choix: le ménage, la vaisselle et pourquoi, idée saugrenue, lire ou travailler?) ET pour le père si celui-ci souhaite s’investir auprès d’un nourrisson.

A critiquer les déviances d’une certaine chapelle -on ne peut plus caricaturale et faussée, d’ailleurs- O. Buisson en oublie de regarder la sienne et ses propres prêtres qui y officient.

Mme Buisson a peut-être fait 15 ans d’études, je n’en ai pas fait autant, mais je me renseigne, auprès de professionnels, et j’aimerais pouvoir établir un dialogue entre personnes douées de raison avec le médecin ou le professionnel qui me suit.

Mesdames messieurs les professionnels de la santé, partez du principe que les femmes ont un cerveau, donnez-nous des informations justes sur les différentes options et  LAISSEZ-NOUS LE CHOIX. (Bordel.)