De l’allaitement, du féminisme et de la culpabilité

C’est la semaine mondiale de l’allaitement maternel et une toute récente campagne UNICEF fait parler d’elle en ce moment… Elle se veut faire la promotion de l’allaitement, un sujet ô combien polémique.

Alors en réaction, un petit article sans références et vite rédigé pour un moment « coup de gueule ».

Quelques clichés en vrac: l’UNICEF c’est pour les enfants des pays pauvres, et l’allaitement aussi hein. Dans les pays «riches», y’a pas de différence entre du lait maternel et une préparation pour nourrissons (c’est le terme que j’emploie en lieu et place de «lait maternisé» qui, s’il est bien du lait -mais de vache!- n’a pas grand chose de «maternisé»). Je n’en pense pas un mot, évidemment!

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Non, Odile, la physiologie n’est pas un retour en arrière!

Suite aux diverses sorties médiatiques de cette gynécologue, et l’article de Charlie Hebdo avec des propos particulièrement insultants, assortis d’images peu enjolivantes, envers les sages-femmes d’une part, mais aussi les femmes d’autre part,  j’ai tenu à apporter ma petite contribution et à répondre, avec mon point de vue de  femme, de mère et de femme enceinte.

O. Buisson mélange tout, et fait une sorte de raccourci infâme de « retour aux années 50  » sous prétexte que des femmes (sans doute des illuminées ! les pauvres) souhaitent penser autrement que le modèle qu’elle-même et certains de ses confrères ont imposé.

Dur d’être concise devant tant de raccourcis et de clichés.
« penser que le patient n’est pas un tout »
Mais c’est bien ce que font une grande partie des gynécologues en ne s’intéressant qu’à notre utérus et éventuellement au fœtus qui parfois s’y niche !!!
Je pourrais aussi jouer le jeu de la généralisation en parlant du gynéco qui a suivi ma première grossesse, ne se préoccupant que de mon ventre (avec toucher vaginal systématique) et dépassement d’honoraires à la clef. Puis dire qu’ils sont tous pareil. Et parler de la SF qui suit ma grossesse actuelle, qui me demande si je vais bien (ah oui, tiens, c’est vrai j’existe en tant que femme, pas que mère porteuse). Parler de mon ventre, du fœtus mais aussi de mes conditions de vie car elle pourraient avoir une influence sur ma santé. Incroyable, non ?
Donc bien sûr, tous les gynécos ne sont pas « mauvais » et toutes les sages-femmes ne sont pas « géniales ». Mais tous les gynécos ne sont pas à l’écoute des femmes, tous les gynécos ne prennent pas en compte la patiente mais une partie de son corps, tous les gynécos ne se mettent pas à jour des évolutions des connaissances médicales. La santé des femmes ne passe pas pas la gynécologie à tout prix, comme elle semble le croire. (Et des études le montre,  d’autres commentaires en parlent.)

Enfin, je souhaite dire que vouloir plus de physiologie pour une grossesse et un accouchement, ce n’est PAS un retour en arrière, au contraire, c’est profiter d’une meilleure connaissance du fonctionnement du corps humain, et savoir s’y adapter. On en sait plus aujourd’hui qu’il y a 50 ans, et pas seulement sur les techniques d’analgésie. La grossesse n’est PAS une maladie, un accouchement n’est PAS a priori un acte médical. Un accouchement peut mal tourner et avoir besoin de médecine et de chirurgie, mais pas forcément. Si déjà tous les accouchements sans problèmes pouvaient être accompagnés par des sages-femmes, cela laisserait de la place pour ceux qui nécessitent plus de soins (et peut-être éviterait certains accident comme celui de Port-Royal? Ne nous avançons pas trop mais osons le croire).
Mme Buisson ne se rend peut-être pas compte qu’elle a été formatée pour penser l’accouchement comme un acte médical, nécessitant forcément tout un attirail « au cas où ». C’est sans connaitre les effets iatrogènes de certains actes.

Êtes-vous au courant que la position « gynécologique » (allongée sur le dos, les jambes écartées) est une des pires qui soit pour accoucher? Elle est certes très pratique pour le gynécologue ou la SF qui a ainsi vue sur toute notre intimité, mais pas du tout pour la mère ou le bébé. Et encore une fois, si certaines femmes peuvent la choisir, elle ne correspond pas à toutes les femmes; Est-ce qu’un jour, on laissera aux femmes le choix de se mettre dans la position qui convient, et d’en changer autant que nécessaire, sans affirmer que celle-ci ou celle-là soit meilleure qu’une autre??? La meilleure, c’est celle que l’on ressent, parce qu’en ce moment si particulier de notre vie, une partie bassement animale prend le relai. Non, nous ne sommes pas des vaches. Mais la culture humaine peut se manifester autrement que par une épisiotomie systématique, un recours à la péridurale quasi-obligatoire, ou une césarienne pas toujours justifiée. La culture humaine, cela pourrait être aussi la compréhension du fonctionnement du corps humain.

Enfin, un petit couplet sur l’allaitement:
Si O. Buisson a fait de si grandes études, elle devrait être à même de lire les publications scientifiques sur des sujets aussi intéressant que l’allaitement, et savoir que le lait maternel est aujourd’hui le meilleur aliment connu pour le bébé humain (NON, nous ne sommes pas des vaches, et donc ne donnons pas de lait de vache à un bébé humain!). Ce n’est pas une idéologie que d’affirmer cela, c’est une vérité scientifique. Et ceci n’est pas valable que pour les pays en développement, il parait que l’espèce humaine est la même partout sur la planète. Croire le contraire s’appelle du racisme.
Après, que des femmes, des couples CHOISISSENT de donner le biberon, c’est un choix qui se respecte, mais c’est un CHOIX. A condition d’avoir des informations appropriées sur le sujet. Et imposer une solution, que ce soit le biberon ou le sein est tout aussi stupide dans un cas comme dans l’autre.
Par contre, je rejoins son constat sur le manque cruel de soutien aux femmes qui souhaitent allaiter. Que de témoignages de femmes qui le souhaitaient et ont été mal accompagnées (par des SF, mais aussi des gynécologues et des pédiatres) qui du haut de 15 ou  20 années d’études avaient reçu 2 h de cours sur l’allaitement et véhiculent des idées toutes faites, ou fausses. (On ne dira pas que les visiteurs médicaux, compagnies agro-industrielles… ont encouragé le biberon et les préparation pour nourrissons pendant des dizaines d’années, non….)

Pour le portage, de nombreuses études montrent également les bénéfices pour le bébé ET pour la mère (qui peut ainsi se libérer et faire autre chose, au choix: le ménage, la vaisselle et pourquoi, idée saugrenue, lire ou travailler?) ET pour le père si celui-ci souhaite s’investir auprès d’un nourrisson.

A critiquer les déviances d’une certaine chapelle -on ne peut plus caricaturale et faussée, d’ailleurs- O. Buisson en oublie de regarder la sienne et ses propres prêtres qui y officient.

Mme Buisson a peut-être fait 15 ans d’études, je n’en ai pas fait autant, mais je me renseigne, auprès de professionnels, et j’aimerais pouvoir établir un dialogue entre personnes douées de raison avec le médecin ou le professionnel qui me suit.

Mesdames messieurs les professionnels de la santé, partez du principe que les femmes ont un cerveau, donnez-nous des informations justes sur les différentes options et  LAISSEZ-NOUS LE CHOIX. (Bordel.)