La crise 

Un jour de vacances. Le bord de mer en hiver. Il pleut, nous décidons d’aller visiter un grand aquarium. Il y a un peu de route. Choupinette -3,5 ans- s’est endormie en route. Elle dort encore quand nous garons la voiture.

Je la réveille aussi doucement que je peux. Cela reste visiblement encore dur pour elle. Elle se met à crier, à pleurer… mon stress monte.

Son père s’occupe de l’aînée, j’installe Bébéchou dans l’écharpe. Choupinette pleure encore. Le parking est grand, il faut marcher un peu avant l’entrée de l’aquarium. Il y a un petit crachin, il fait un peu froid… Choupinette ne veut pas sortir de la voiture. Je suis énervée, j’ai envie de sortir, envie que tout le monde profite de cette sortie. Je la hisse péniblement hors de la voiture.

Nous commençons le trajet tant bien que mal. À mi-parcours, la crise s’intensifie. «Je veux pas y aller, je veux pas y aller !». Choupinette hurle. Je la tiens fort par la main, c’est brutal, j’en ai conscience mais on est sur un parking, j’ai peur qu’elle parte en courant.

Nous arrivons non sans mal à l’entrée. Il y a un espace abrité avant les portes. Je peux lâcher sa main.

Elle hurle, crie, tempête. «Je veux pas, je veux pas, je veux pas!». Je sens que tout le monde s’énerve. Je dis à son père d’aller faire la visite avec la grande, moi je reste avec elle. J’ai besoin de calme, besoin de retrouver le mien pour mieux le transmettre à ma fille.

Je comprends sa colère. Je la connais aussi (ce n’est pas la première fois !). Beaucoup de gens autour nous regardent. Des adultes, des enfants. Je les ignore, leur regard ne me touche pas. Je suis avec ma fille contre sa colère (copyright ZunZun qui m’a beaucoup aidé). Je crée une bulle virtuelle autour de nous. Personne n’ose intervenir. Heureusement car je crois que ma colère se serait retournée sur celui ou celle qui aurait osé me faire une remarque négative.

Elle se roule par terre. Elle enlève ses chaussures, les lance. Prend des objets dans le gros sac à langer que je porte et les lance. Elle me prend la main, je pense que c’est pour s’apaiser mais elle la met dans sa bouche et me mord très sévèrement.

Je retire donc ma main, je reste simplement auprès d’elle, ramassant les affaires qu’elle a jeté, lui parlant à voix basse. «Oui tu es en colère. Tu dormais dans la voiture et on t’a réveillée. Ce n’est pas agréable, je comprends.» «Alors elle est comment cette colère ? Comme une pomme ? Un ballon ? Jusqu’au ciel?» «Ah oui c’est une grosse colère, jusqu’au ciel !»

Je sais qu’elle n’entend pas, l’émotion est trop forte, sa tempête intérieure balaye tout. Mais j’espère qu’elle entend la musique de ma voix, qui se veut apaisante. Qu’elle me voit à son coté, pas contre elle.

Petit à petit, les cris diminuent, les coups de pieds décélèrent. Je sens qu’on a passé le pic et qu’on va pouvoir redescendre. Je continue à parler. Je mets ma main sur son ventre. Elle entend à présent. Elle peut saisir le sens des mots même si elle ne répond pas.

Elle commence à dire autre chose que «je veux pas». J’aimerais la prendre dans mes bras pour un gros câlin mais c’est difficile avec un bébé en écharpe ! Je la prends tout de même et nous passons les portes automatiques. Il y a des chaises et j’y dépose la petite sœur délicatement pour pouvoir faire un câlin réconfortant à la grande.
On peut discuter maintenant et après quelques gorgées d’eau et une banane, je vais acheter les tickets.

Choupinette est calme comme une enfant modèle à présent. Nous entrons dans l’aquarium et elle s’émerveille devant les méduses à l’entrée. Elle fera le parcours de très bonne humeur, admirant autant les requins que les étoiles de mer.

Qu’ils sont beaux ces poissons quand on est tranquille…(Photo personnelle)

 

Voilà une illustrations -parmi d’autres- d’une gestion de crise.

Non ce n’était pas un «caprice», elle ne cherchait pas à me mettre en colère, elle ne «dépassait pas les bornes». Elle était envahie par une colère noire et il fallait que celle-ci s’exprime.

Ce jour là, j’ai réussi à l’écouter de manière bienveillante. Ce n’est pas toujours le cas, si ça peut rassurer les contempteurs de la perfectitude! Mais nous avons réussi à laisser fuir la colère pour ensuite profiter d’un bon moment ensemble.

Et vous, comment arrivez vous -ou pas- à gérer les crises dans des endroits ou moments inattendus?

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3 réflexions au sujet de « La crise  »

    • Merci ! Ce n’est pas facile tous les jours (et il y a des jours où je n’y arrive pas, soyons franche). Mais les lectures et le calme intérieur permettent parfois d’y arriver. Merci en tout cas !

  1. Laisser s’exprimer la colère pour pouvoir passer à autre chose, c’est toujours difficile, bravo. Une des clefs dans ce que tu écris : la bulle qui vous isole des autres. C’est ce qui permet de ne pas changer ses réactions sous le regard des autres, et ce n’est pas toujours facile…

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