« Mais non, le sexisme n’existe pas ! » Illustration d’un aveuglement consenti.

A partir d’une simple réflexion sur face de bouc, tout un débat est apparu !
Une amie publiait un lien qui illustrait le sexisme ordinaire (un jeu de mécano proposé à un  garçon, une poupée proposée à une fille, et l’étonnement qu’il y ait si peu de femmes ingénieures).

Quelqu’un a alors répondu:

«C’est plus une question de sexisme de nos jours

juste une question d’ouverture d’esprit des parents.»

Évidemment, j’ai bondi ! Je n’aurai pas du, car les débats sur FB sont rarement efficaces et constructifs, mais cela m’a tellement énervée de voir que l’on pouvait encore nier une vérité aujourd’hui, que je me suis lancée. Et je ne pensais pas tomber de si haut.

Je l’appellerai «Elle», une femme qui se présente comme ayant fait des études (et qui a essayé de bien me «casser» sur ce fait au départ) mais qui s’emmêle dans ses raisonnements, se base sur quelques notions acquises en fac (et beaucoup de préjugés personnels qu’elle colle par dessus). Pour finir en apothéose sur le mode «c’est les parents [et les gens] qui sons cons», mais pas la société. Sans aucune source bibliographique ni référence (bon, on est sur FB…), et à grand renfort d’extrapolation sur des exemples personnels,  alors que je me suis amusée à envoyer quelques liens pour élargir les exemples et les réflexions.

Ce qui me donne une bonne excuse pour développer mon point de vue et citer quelques liens!

Petit florilège et extraits choisis: *

Donc en tête :

«C’est plus une question de sexisme de nos jours juste une question d’ouverture d’esprit des parents.»

«Et pour les femmes ingénieurs je ne pense pas qu’il y ait un rapport. Je pense qu’on est de nature plus proches de nos émotions et des choses vivantes . Et qu’on choisit plus facilement la biologie ou la chimie . Je ne pense pas que ce soit péjoratif, au contraire.»
[citation d’un exemple personnel sur son choix de la biologie en Terminale S]

«Faut accepter que les hommes et les femmes aient des différences de nature tout comme ils sont imbibés de testostérone qui leur fabrique du muscle en dormant , et nous on a un utérus qui nous permet de fabriquer un nouvel humain par an si on voulait . Ce n’est pas sexiste c’est une richesse. Tant qu’on laisse chacun devenir celui qu’il est vraiment et faire ce qui l’éclate…»

Apparait donc le concept que, comme les hommes et les femmes sont différents physiquement -de nature– il faudrait qu’ils aient tous les mêmes attributs. (Tous les hommes aiment la technologie et les filles aiment les poupées!). Or les attributs relèvent de la culture. J’ai ironisé en demandant s’il existait un gène pour l’étude de la biologie ou celui de la mécanique. Pas de réponse.

Car on ne peut nier l’influence de la culture sur le développement des personnes. Ce qui fait que, dans une société donnée, à une époque donnée, on va attribuer une valeur «masculine» a un attribut et «féminine» à un autre.

Et l’ultime preuve que ce sont bien des attributs créés par l’humain, c’est qu’ils évoluent selon les sociétés et le temps.

Le bleu était la couleur mariale (de la Vierge Marie) avant de devenir LA couleur destinée aux garçons.

Les robes peuvent être portés par des hommes encore aujourd’hui (djellaba au Maghreb, soutane des prêtres et religieux catholiques).

RoseBleue

Tiens une rose bleue, ça ferait pas un bon compromis ?

En effet, à peine né, et parfois même avant, maintenant que l’on peut connaitre le sexe de l’enfant au 5ème mois de grossesse, les parents et la société valorisent les valeurs dites «féminines» chez les petites filles et «masculines» chez les garçons

C’est assez -longuement- et bien expliqué ici.

Ainsi, d’un fœtus qui bouge dans le ventre de sa mère, on pourra entendre par exemple «ah c’est bien un p’tit gars, il est tonique» ou «ah elle est déjà très énervée» si c’est un fille! Et «ah qu’elle est belle» à une enfant de deux quand on dira «ah qu’il est intelligent» d’un garçon.

Or il peut y avoir autant de différences entre deux filles qu’entre une fille et un garçon. Aider un enfant à exprimer sa vraie «nature», c’est l’aider à dépasser les préjugés et assignations culturelles qu’on lui impose par convention.
Elle :«Non mais si comme moi vous aviez fait biologie vous sauriez que hommes et femmes ne sont pas imbibés des mêmes hormones ! C’est pas uniquement de l’acquis y’a une bonne part d’inné! [autre exemple personnel]»

Bon, j’ai gardé son intro pour montrer l’attaque et l’agressivité, quand je commence à dire que je ne suis pas d’accord. J’avoue que c’est un peu mesquin, mais c’est ce qui a commencé à me titiller…

«Notre genre et notre sexe ce n’est pas seulement un organe différent et une morphologie, c’est tout un mécanisme d’hormones et de comportements génétiquement déterminés, « d’instincts  » aussi. (…) tu ne peux que constater à quel point nous sommes tout à fait des animaux.
La seule chose qui nous différencie des autres animaux, c’est notre certitude stupide d’être supérieurs aux autres.»

Là, je deviens rouge ! Les termes «comportements génétiquement programmés» et «instincts» et les concepts qui y sont associés m’apparaissent très dangereux et prétexte à de nombreuses théories nauséabondes (du genre «la place de la femme est à la maison», et autres «les mecs ne savent pas s’occuper des bébés»…). On vire aux pensées rétrogrades à la Zemmour et cie.

Une amie cherche à calmer le jeu :Vous battez pas les filles. On est d’accord, c’est bien les parents qui sont « en tords ». N’empêche quand tu chercheras des livres pour ta fille… [exemple personnel illustrant la différenciation genrée des livre et jouets]»

Ce à quoi «Elle» répond en citant encore son cas personnel, comme quoi elle ne voit pas les livres genrée dans les librairies, qu’il suffit de ne pas aller dans les grandes surfaces pour les éviter.

«J’ai déjà une belle bibliothèque pour enfants car j’adore ça , et je peux te dire qu’il n’y a aucun bouquin orienté vers un genre ou l’autre dans toute ma collection. Franchement je n’ai jamais vu de livre de ce genre malgré les heures que j’ai pu passer en librairie.»

Très bien, bravo à toi, mais ne c’est pas le cas de tout  le monde si j’en crois ces quelques témoignages de libraires professionnels (donc un peu moins biaisés que notre petit regard personnelo-personnel soit dit en passant.

On observe donc ici une très belle illustration du «je ne vois pas de problème autour de moi, donc le problème n’existe pas». J’en avais déjà parlé (auto-promo en cadeau). «Alors un conseil, fuis les rayons «  » » »livres » » » » des grandes surfaces et problème résolu

Et suivi d’une belle injonction simpliste: «il suffit de» ou un impératif «fuis les rayons», et évidemment, le problème est réglé. Simple, pourquoi ne pas y avoir pensé avant?!

On continue:
«Pour les jouets c’est surtout le style, je vois mal une boite de poupon corolle avec le packaging des Gi Joe . ça ne me parait pas choquant que la boite s’accorde avec l’activité genre des couleurs layette pour les poupons.
Bref, l’enfant lui il s’en fiche du paquet, que ce soit une fille ou un garçon tant qu’on le laisse jouer avec le style qui l’appelle je ne vois pas où est le problème qu’il y ait du rose du bleu ou du camo.»

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Attention, si vous vous trompez de couleur, votre enfant risque de présenter de graves troubles du comportement !

Autre assertion sortie d’on ne sait où «l’enfant il s’en fiche». Donc soit cette personne n’a pas d’enfants et n’en a jamais côtoyé et ne s’intéresse pas à leur ressenti (on a le droit!), auquel cas je pourrai comprendre autant de méconnaissance, soit…je ne vois pas. Elle m’informe pourtant avoir fait l’IUFM et avoir une petite fille. Je ne connais ni sa vie, ni son métier. Mais dire qu’on a des enfants et penser qu’«ils s’en fichent, c’est, comment dire… un peu brutal. (Ou alors ce sont encore des nourrissons, et là je suis d’accord, ils s’en contrefichent bien !)

«qu’on le laisse jouer avec le style qui l’appelle»
Donc tout à l’heure on avait, en résumé «la biologie ça attire les filles, parce que les filles sont programmées pour être attirées par la biologie, puisqu’elles ont un utérus» et maintenant, il faut le laisser jouer «avec le style qui l’appelle». Mais le style d’une fille ou celui d’un garçon? IronieLevel10
Bref, on commence à tourner en rond et le serpent à se mordre la queue.

Je m’emporte dans un long message pour montrer que les enfants «ne s’en fichent» pas, à parler de pression sociale, à expliquer que le sentiment d’appartenance au groupe social est important pour l’espèce humaine (et sans doute inscrit dans nos gènes, pour le coup, ou du moins, dans notre cerveau!).

«Il est là le problème de la société, l’importance que les humains donnent à l’apparence et au superficiel . Et ça n’a rien à voir avec le fait d’être un animal sociable (…)
Mais bon tant que les enfants seront élevés par des cons eux mêmes formatés par Gala et les Anges de la Téléréalité…»

Je passe sur la différence entre animal social et sociable. On n’est plus à ce détail près. Mais voilà ! la clef est là : le problème, c’est les parents qui sont cons ! 😉

Donc là je commence à sentir l’embrouille et que rien de bon ne sortira de cet échange, que j’aurai mieux fait d’aller me reposer… ou de jouer avec mes enfants !

Mais pourquoi ils sont cons les parents?
«Parce que le marketing vise les gens lobotomisés qui s’arrêtent à la surface des choses. Parce que ça arrange bien les gouvernements d’avoir des électeurs lobotomisés bien manipulables .
Ou juste parce que les gens ne se rendent pas compte du fait que tous les autres sont dans le même moule

Les parents sont cons parce que les gens son cons. Et c’est la faute «à la TV, aux magazines people, au gouvernement, etc. Donc les gens, la TV, la presse, le gouvernement». Attendez un peu, ça ne serait pas ce qui forme la société, ça, par hasard ? Ça y ressemble bien pourtant, certes, un peu réducteur, mais tout de même très proche.

Donc, «la société est con.ne», mais elle n’est pas sexiste. Tout va bien, on n’a pas employé de«gros» mot qui fait peur (le sexxxxiiiiiiiissssme), on a juste utilisé un bon vieux générique qui dit tout et rien (et désigne originellement le sexe féminin, est-ce un hasard?).

Non, la société n’est pas raciste/homophobe/sexiste, c’est juste qu’il y a des cons. On va bien avancer comme ça les amis.
Un peu comme quand on nie la culture du viol en disant que c’est pas du tout dans les mœurs de la société, allons bon, ce sont les violeurs qui sont des malades. Point.
Donc n’essayons surtout pas de changer la société, mais mais mesdames, protégez-vous et surtout ne soyez pas provocantes en portant des jupes «trop courtes» ni trop de rouge à lèvres.

Et Messieurs-Dames les parents, ne vous révoltez pas contre les jouets, les livres, les vêtements, les attitudes et les discours genrés, z’avez qu’à mieux éduquer vos enfants. Et allez vous installer quelque part dans un trou paumé du Larzac [tout mon respect à ses habitants, j’utilise à dessein un cliché un peu surranné] ou -mieux- sur la Lune, où vous n’aurez ni la télé, ni l’école, ni vos collègues, ni le bistrot du coin, ni les supermarchés, ni d’autres être humains trop «cons» pour parler.

Fatiguée de cet échange, j’ai arrêté, bien dépitée d’avoir perdu mon temps. Sauf que ce matin, je me suis dit que ces pépites auraient bien leur place dans un article ! 😉 Un bon résumé de poncifs, de clichés, sous couverts de bribes de connaissances et de pas mal d’agressivité pour qui ose discuter son idée.

Oui le sexisme est partout, et tellement ancré que certaines personnes ne s’en rendent pas compte et le défende en voulant l’ignorer. C’est sans doute la pire des choses.

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.
Ne pas nommer les choses, c’est nier notre humanité.
Albert Camus 7 novembre 1913 -4 janvier 1960)

 

(Toutes mes excuses pour la récurrence d’un mot vulgaire, mais il est apparu si souvent dans la con-versation que je me voyais mal l’éviter!)

*Attention: je ne veux en aucun cas dénigrer ou ridiculiser cette personne en particulier. Je me suis efforcée de couper les propos pour qu’ils ne soient pas identifiables, tout en conservant certaines phrases mot pour mot car elles me semblent être des archétypes d’une forme de pensée. L’idée de cet article est de réfuter des idées et des modes de pensées communément employées et répandues. Si des tournures de phrases apparaissaient trop blessantes envers une personne, c’est qu’elles auraient échappés à ma relecture, donc merci de me le signaler.

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4 réflexions au sujet de « « Mais non, le sexisme n’existe pas ! » Illustration d’un aveuglement consenti. »

    • oui tout à fait ! Je me suis laissée emporté la-dedans sans trop réfléchir… Je n’avais pas la prétention de la faire changer d’avis, juste de donner mes arguments. C’est en voyant dans quoi elle s’enfonçait que ça m’a à la fois amusée puis découragée !

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