Café et sexisme

Petite illustration pour éviter un cours de statistiques, avec un bon cliché bien européen de chez nous. On dit souvent que les Italien.ne.s boivent beaucoup de café. Cela peut se comprendre de plusieurs manières : soit 1) beaucoup d’ Italien.ne.s boivent du café 2) chaque Italien.ne boit beaucoup de café 3) les deux à la fois !

Les statistiques officielles affichent que la consommation de café en Italie est de 4,8 kg/an/habitant, en 2013, ce qui est très proche (mais inférieur!) de la consommation française : 5,9 kg/an/habitant. Pour la culture générale, ces sont les Finlandais qui en boivent le plus en Europe : 12,4kg/an/hab. (Source : European Coffee Federation).

Vous êtes un observateur lambda. Vous flânez sur una piazetta en Italie et observez que le café du coin est rempli de monde. Vous allez dire « les Italiens boivent beaucoup de café! ». Chouette, un cliché se confirme.

Ecco un caffè italiano ! Sans lait, sans mousse et avec le journal !

Or, si vous observez attentivement, vous remarquerez beaucoup d’allées et venues, et si vous rentrez dans le café, vous constaterez que chaque individu ne prend qu’un seul café, généralement debout, l’avale en deux gorgées, discute un peu (peut même parfois voire souvent sourire, si si, ça c’est pour les Parisiens) puis s’en va. Par contre, vous remarquerez que de nombreux individus font de même. Les Italien.ne.s ne perdent pas une heure à boire il caffè mais ils sont nombreux.ses à le faire. Donc en effet, les Italien.ne.s boivent beaucoup de cafés parce que beaucoup d’Italien.ne.s boivent du café, mais un ou deux par jour. Mais on voit beaucoup d’Italien.ne.s boire un café au bar, c’est certain.

Où veux-je en venir ? Au sexisme.

Ouai, mais c’est parce que t’es une fille, tu vois le mal partout, faut pas exagérer…

 On peut tout à fait y ajouter le racisme et l’homophobie. Même si, dans ce cas, je ne constate pas sur moi-même vu que j’ai le privilège d’être blanche et hétéro.

(Et je suis blonde aussi, mais chuuut!)

Si « on » dit qu’il y a beaucoup d’actes sexistes/racistes/homophobes, ce que je me suis permise de dire récemment en citant un article, « on » me répond que quand même, on ne voit personne vivre un calvaire d’agressions permanentes d’actes sexistes/racistes/homophobes. (Bon je parlais du sexisme en l’occurrence, mais je constate que c’est absolument la même chose pour les trois catégories citées). Quand je dis agression, je ne parle pas seulement d’agressions sexuelles, d’injures ou de violences. Non, l’article parlait justement de #SexismeOrdinaire, de toutes ces petites choses, ces petits presque-rien qui nous font remarquer qu’on est différent.e.s et, si possible, inférieur.e.s. Se faire couper la parole en réunion, avoir des remarques sur ses vêtements, sa coiffure, son (absence de) maquillage, entendre une blague graveleuse bien lourde avec un clin d’œil appuyé, les « oh mais tu as de la chance que ton mari t’aide », le ton condescendant… La liste est longue, je vous laisse la compléter à loisir.

Or c’est le même raisonnement -mais inversé- que pour les cafés italiens. Non, une personne ne va pas être agressée régulièrement toutes les 5 minutes tous les jours. Non, cette personne ne va pas se prendre des remarques toutes les 2 minutes tous les jours. Mais beaucoup de personnes, un peu partout, régulièrement, vont les subir.

Et c’est justement pour cela que ce n’est pas si simple de lutter contre le sexisme/racisme/homophobie ! Parce que souvent, individuellement -qu’on soit agressé.e ou témoin- on a tendance à se dire « oh c’est pas si grave, c’est juste une petite remarque mal placée », « mais arrêtons de voir le mal partout », « tu ne devrais pas y faire attention, c’est juste un imbécile », « mais enfin pourquoi vois-tu de l’agression partout, c’est seulement de l’impolitesse », etc.

Si les Italien.ne.s buvaient leur café uniquement chez eux et jamais au bistrot, pas sûre qu’un observateur lambda dirait qu’ils boivent beaucoup de café. Cela ne se verrait pas.

Afficher l'image d'origine

Mais si un jour les victimes parlent, si un jour on rassemble leurs récits, si un jour on fait une enquête sur tous ces petits faits éparpillés, là, on comprend l’ampleur des faits. Et là on peut remarquer que certaines catégories sont plus touchées que les autres. Les femmes, les personnes racisé.e.s, les homosexuel.le.s (mes condoléances si vous êtes les trois à la fois!).

Donc, s’il vous plait, ne vous arrêtez pas à votre cas personnel, à « moi je vois ça autour de moi, je t’assure il n’y a aucun problème ». Si. Il y en a. Écoutez les témoignages, lisez, et regardez attentivement autour de vous…

Publicités

5 réflexions au sujet de « Café et sexisme »

  1. Ping : « Mais non, le sexisme n’existe pas !  Illustration d’un aveuglement consenti. | «Une aventure familiale…

  2. « « moi je vois ça autour de moi, je t’assure il n’y a aucun problème » » : quelle satané saleté de phrase que celle-là. Vraiment, il est difficile pour beaucoup de personnes de dépasser leur cas personnel. Ils ne parviennent tout simplement pas à envisager qu’il puisse exister une autre réalité que la leur. Ou à la rigueur, ils y parviennent, mais en se disant que tant qu’eux ne font pas ça (ex : harceler les femmes dans la rue), alors c’est un comportement minoritaire ou lié à des malades mentaux. Bref, un appel à la capacité d’écoute et d’empathie n’est pas de trop.

    • Tout à fait ! C’est exactement ça « MOI JE ne harcèle pas/viole pas/méprise pas » alors tout va bien… » Hum hum, si c’était si simple ! 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s